CONGO-BRAZZAVILLE : L’URGENCE D’UN PLAN NATIONAL D’ACTIONS SOCIALES
Le plan national d’actions sociales porte sur l’urgence de la mise en place au Congo des politiques sociales. Celles-ci consistent en la mise en œuvre, d’actions qui visent à transformer les conditions de vie des citoyens et éviter de ce fait à terme une explosion sociale.
L’actualité récente, nous informe et ce loin devant les revendications politiques, que le printemps maghrébin a été la conséquence d’une situation sociale devenue intenable en Afrique du Nord : chômage, travail précaire, exclusion. La liste des problèmes est longue.
Au bonheur des congolais, il existe dans notre pays, un ministère des affaires sociales. Ce qui implique que notre pays dispose de politiques sociales qui peuvent éviter aux gouvernants de faire face à une explosion sociale de type maghrébin.
Loin s’en faut. Aucune politique sociale n’existe a priori au Congo. Pour preuve, tous les hôpitaux ou presque de notre pays ont un service social. Théoriquement, ce service est installé au sein des structures sanitaires pour étudier la situation des patients demandeurs afin de leur apporter une assistance médicale adéquate.
Faute d’avoir trouvé gain de cause auprès des services sociaux des hôpitaux, les congolais ont compris depuis longtemps, qu’il est mieux de recourir à la famille, aux amis et connaissances en cas de maladies et faute de moyens financiers pour y faire face, que de compter sur l’assistance médicale de l’Etat.
Car les limites de l’action sociale au travers les services mis en place par l’Etat congolais se passent de tout commentaire chez nous. Ces limites sont pour l’essentiel de deux ordres. Il s’agit primo de l’absence de politiques sociales et secundo de l’inexistence des travailleurs sociaux. Les deux vont ensemble.
En effet, l’Etat congolais n’a jamais mis en place un plan national d’actions sociales qui regrouperait en son sein plusieurs dispositifs. Les dispositifs attendus peuvent porter :
Æ Sur l’emploi des jeunes, par la mise en place par exemple des contrats aidés comme en France, où l’Etat finance en partie le traitement salarial des jeunes employés par l’exonération de certaines taxes aux sociétés qui les recrutent.
Æ Sur la formation professionnelle des jeunes à travers des bourses d’études.
Æ Par la mise en place de l’assurance maladie pour les couches sociales les plus défavorisées.
Æ Par l’accompagnement des personnes âgées et des handicapés mentaux et physiques.
Æ Par la mise en place d’un revenu minimum d’attente en sigle RMA que nous appelons de tous nos vœux.
Æ Par l’emploi des seniors et le financement des activités des femmes.
Cette liste n’est pas limitative. Elle vise à illustrer notre propos, et montrer quel est le plan national d’actions sociales que l’Etat congolais pourrait mettre en place. Cependant, il ne s’agit pas d’énumérer les dispositifs sociaux à mettre en place, ni à voter une loi y relative à l’Assemblée Nationale.
Les politiques sociales si elles sont retenues, adoptées et votées au parlement doivent être financées. Pour cela, nous avons plusieurs possibilités parmi lesquelles :
Æ L’affectation au PNAS de la taxe sur les appels entrants collectés par l’Autorité des Postes et Télécommunication (24 milliards déclarés, possibilité d’encaisser de 48 à 50 milliards de FCFA selon certains spécialistes).
Æ L’affection au PNAS de 50% du budget de la Présidence de la République soit 40 milliards de FCFA.
Ces deux possibilités sur les 13 que nous avons répertoriés lors d’une étude sommaire, permettront au PNAS d’être financé à hauteur de 90 milliards de FCFA. Les 11 autres possibilités nous permettent de porter le budget du PNAS à 365 milliards de FCFA.
De quoi financer le revenu minimum d’attente ou RMA à hauteur de 43 milliards 200 millions de FCFA. Le dispositif RMA s’il est mis en œuvre au Congo, permettra à 120.000 congolais de percevoir tous les mois, 30.000 FCFA en attendant leur insertion professionnelle.
Ce qui montre par ailleurs que le budget restant soit plus de 300 milliards pourra être affecté à d’autres dispositifs comme la couverture maladie aux plus démunis. Toutefois, pour mettre les dispositifs retenus en place, il faut des travailleurs sociaux. C’est la deuxième limite que nous évoquions plus haut.
On ne peut parler de politiques sociales sans travailleurs sociaux. Pour information, depuis 1982, le Congo ne forme plus de travailleurs sociaux. Ceci explique t-il cela ?
En effet, ce simple constat peut expliquer le mépris que l’homme politique congolais a toujours eu de l’action sociale chez nous. Ce qui fait que l’initiative de créer les services sociaux dans les hôpitaux au Congo, ne pouvait connaître de lendemains meilleurs faute de travailleurs sociaux formés.
Une chose est de mettre en place les politiques sociales et de les financer ; une autre chose est de former les congolais à la profession d’assistant de service social par exemple. L’assistant de service social ouvre les droits au citoyen. Il joue les intermédiaires entre les organismes de financement et d’aide et le citoyen dans la jouissance de ses droits économiques et sociaux.
En effet, une fois les politiques sociales votées au parlement, elles ont force de loi et le congolais lambda devra passer par un assistant de service social pour se voir ouvrir ses droits à l’issue d’un diagnostic social et économique.
Comment peut-on parler dans un pays d’actions sociales si les travailleurs sociaux n’existent pas ?
Mme Raoul, en charge du Ministère des affaires sociales, a organisé courant cette année, un séminaire sur la question à Brazzaville , avec le concours de l’université de Lilles en France.
Il est question d’ouvrir à Brazzaville un Institut supérieur qui formera les travailleurs sociaux. Si l’urgence de la formation se précise, il faut relever que celle-ci ne va pas sans la mise en place des politiques sociales.
Les futurs étudiants pencheront au cours de leurs formations sur celles-ci. Les formations portent sur les dispositifs nationaux en matière d’actions sociales. Le reste de la formation qui fait appel aux cours de droit, de psychologie, de sociologie ou d’économie forge l’esprit du futur travailleur social sans être la clef de son futur métier.
Effet d’annonce ?
Nous ne doutons pas de la bonne volonté des gouvernants. Cependant, ils doivent savoir mieux que quiconque que la formation des travailleurs sociaux ne tournera pas sur les politiques sociales françaises.
Le premier pas voit-on avant d’ouvrir l’institut de Brazzaville consiste à mettre en place un plan national d’actions sociales avec des dispositifs à l’image de ceux que nous avons repris plus haut adapté à la réalité congolaise.
Ne pas le faire, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Ne pas le faire, c’est limiter l’action de ce ministère à l’aide apportée de façon ponctuelle aux sinistrés des intempéries à travers des dons de brouettes, de tôles, de pointes et de matelas comme nous le voyons à la télévision nationale congolaise.
C’est infantiliser le congolais en le faisant croire qu’il reçoit un don du chemin d’avenir, alors qu’en mettant en place les politiques sociales, le congolais accèderait à ses droits sans qu’il ne soit obligé de remercier l’homme providentiel.
La mise en place d’un plan national d’actions sociales est plus qu’urgente. Et, la situation financière du pays actuellement permet de conduire une telle action. Gouverner dit-on, c’est prévoir.
Il faut anticiper une explosion sociale à la maghrébine surtout lorsque le montant du budget 2012 est indécent. Plus de 3.600 milliards de FCFA dont 81 milliards de FCFA au titre du fonctionnement de la Présidence de la République. Zéro de FCFA pour le congolais ordinaire qui peut mourir du manque de nivaquine ( 25 FCFA ).
Poursuivons la discussion sur elvisjunior73@gmail.com
Elvis NGATSE
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